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Le PSG sanctionné pour les écarts de salaire entre les hommes et les femmes

Photo du rédacteur: Me Vassine
Me Vassine
9 juil.
5 min de lecture

Le Tribunal administratif de Paris a rendu, le 25 juin 2026, une décision qui pourrait marquer un tournant dans les rapports entre le droit du travail et le sport professionnel.


En confirmant la pénalité de plus de 2,7 millions d'euros infligée au Paris Saint-Germain au titre de l'index de l'égalité professionnelle, les juges rappellent un principe simple : les clubs de football sont des employeurs comme les autres et demeurent soumis aux exigences du Code du travail en matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Derrière cette décision se dessine toutefois une interrogation plus profonde : le droit commun est-il adapté aux spécificités économiques du sport professionnel ?


L'égalité salariale entre les hommes et les femmes : une obligation, pas une option pour le PSG


Depuis la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, les entreprises d'au moins cinquante salariés doivent publier chaque année un index de l'égalité professionnelle.


Prévu aux articles L. 1142-8 et suivants du Code du travail, ce dispositif mesure les écarts entre les femmes et les hommes à travers plusieurs indicateurs :

  • les écarts de rémunération,

  • les augmentations individuelles,

  • les promotions,

  • les augmentations au retour de congé de maternité

  • et la présence du sexe sous-représenté parmi les dix plus hautes rémunérations.


Lorsque le score obtenu est inférieur au seuil fixé par les textes, l'entreprise dispose de trois années pour mettre en œuvre les mesures correctrices nécessaires.


L'administration peut prononcer une pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale.

C'est précisément cette sanction qui a été infligée au Paris Saint-Germain.


Après plusieurs années de résultats insuffisants, la DRIEETS a estimé que le club n'avait pas atteint les objectifs fixés par le législateur et lui a appliqué une pénalité de 0,5 % de sa masse salariale, soit près de 2,73 millions d'euros.


Le tribunal administratif valide intégralement cette analyse.


Une inégalité salariale assumée par le PSG


L'originalité de l'affaire tient à l'argumentation développée par le PSG.


Le PSG ne conteste pas seulement le calcul de l'index. Il soutient que celui-ci est inadapté à la réalité économique du football professionnel.

Le football masculin et le football féminin évoluent aujourd'hui dans deux marchés économiques radicalement différents :


  • revenus générés par les compétitions masculines,

  • droits audiovisuels,

  • recettes commerciales

  • montants des transferts


Ces éléments justifient selon le PSG des rémunérations sans commune mesure avec celles du football féminin.


Dans les grands clubs européens, les joueurs professionnels perçoivent des salaires parfois cent fois supérieurs à ceux des joueuses.

Cette réalité produit un effet mécanique sur certains indicateurs de l'index.


Le plus emblématique est celui relatif aux dix plus hautes rémunérations : dans un club comme le PSG, celles-ci sont exclusivement masculines.


Selon le club, il est dès lors pratiquement impossible d'obtenir la totalité des points prévus par cet indicateur, malgré des politiques internes menées en faveur de l'égalité professionnelle.


Le PSG a plaidé une rupture d'égalité devant les charges publiques, estimant que les entreprises du football professionnel étaient objectivement désavantagées par rapport aux autres secteurs économiques.


Le tribunal refuse cependant cette lecture.


L'objet même de cet indicateur est de lutter contre la sous-représentation d'un sexe parmi les salariés les mieux rémunérés.


Accepter que les inégalités structurelles propres au football justifient une dérogation reviendrait, selon les juges, à priver le dispositif de toute portée. Les caractéristiques économiques du secteur ne sauraient donc exonérer un employeur de ses obligations en matière d'égalité professionnelle.


La "spécificité sportive" ne justifie pas les écarts de salaire au PSG


La décision illustre une résistance habituelle du sport vis à vis du droit commun.


Depuis sa création, le sport professionnel revendique une certaine autonomie juridique.


Les juridictions ont déjà admis par le passé que les compétitions sportives, les transferts de joueurs ou encore les règlements fédéraux obéissent à des logiques particulières justifiant certaines adaptations du droit commun.


C'est précisément sous cet angle que le PSG a tenté d'influencer la décision du tribunal.

Selon le PSG, les écarts de rémunération entre joueurs et joueuses résultent moins d'une politique discriminatoire de l'employeur que d'un marché international caractérisé par des mécanismes économiques propres.

Le tribunal refuse néanmoins d'ouvrir cette voie.


Les juges considèrent que les différences structurelles entre football masculin et football féminin ne constituent pas des « motifs de défaillance » susceptibles de justifier un délai supplémentaire ou une réduction de la pénalité.


Les efforts entrepris par le club — amélioration des augmentations individuelles, bonnes pratiques en matière de promotion ou de congé de maternité — sont reconnus, mais jugés insuffisants pour remettre en cause la sanction.


Cette position revient à affirmer que le sport professionnel demeure pleinement soumis aux exigences du droit du travail, même lorsque leur mise en œuvre se heurte à des réalités économiques largement extérieures à l'entreprise.


Un bonne nouvelle pour l'équipe féminine du PSG et le sport féminin ?


Au-delà du seul contentieux du PSG, cette décision soulève une question bien plus fondamentale.


Si l'on pousse jusqu'au bout la logique retenue par le tribunal, les clubs qui comptent une équipe féminine et masculine et souhaitent éviter les pénalités financières, devront prendre des mesures pour réduire les écarts de rémunération entre celles ci.

Il paraît aujourd'hui difficile d'imaginer une Sakina Karchaoui rémunérée au même niveau qu'un Ousmane Dembélé.

Les rémunérations dans le football professionnel sont largement déterminées par un marché mondial, par les recettes générées par les compétitions et par la concurrence entre les clubs.


Le juge administratif ne remet pas en cause cette réalité économique ; il affirme simplement qu'elle ne constitue pas, en l'état du droit, une justification permettant d'écarter les exigences du Code du travail.


Toute la difficulté est là. Le droit de l'égalité professionnelle poursuit un objectif de justice sociale.


Le sport professionnel obéit, lui, à une logique économique singulière, où la valeur marchande des compétitions masculines et féminines demeure profondément déséquilibrée.


Fallait-il pour autant adapter l'index de l'égalité professionnelle à cette spécificité ?


Le tribunal répond par la négative : tant que le législateur n'aura pas prévu de régime particulier, les clubs resteront soumis au droit commun.


L'arrêt dépasse ainsi largement le seul cas du PSG.


Il pose une question de société : le Code du travail est-il le meilleur levier pour réduire les inégalités économiques entre le football masculin et le football féminin, ou risque-t-il d'imposer aux clubs des objectifs que le marché ne leur permet pas, aujourd'hui, d'atteindre ?


Une chose est certaine : la spécificité sportive ne constitue plus, à elle seule, un argument juridique suffisant. Le débat est désormais ouvert et il appartiendra probablement à la cour administrative d'appel, voire au Conseil d'État d'en dessiner les contours. A moins que le législateur n'intervienne d'ici là...

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